« Le hentai réalise les fantasmes les plus fous »
A bientôt 30 ans, Yann s’est lancé dans l’aventure du hentai en voyant que son site amateur gagnait en popularité. Il y a deux ans, il plaque son emploi pour monter sa société avec un ami et a créé une soixantaine de sites. Le résultat est une plateforme qui détonne dans le web français.
Qu'est-ce que le hentai ?
Ce terme signifie pervers en japonais. Plus globalement, le hentai correspond à l'ensemble des mangas pornos que cela soit en film, en papier, en image ou même en jeu.
Quel est son poids en France ?
Actuellement, la France est l'un des pays qui a la plus grande communauté Hentai. Plus largement, le marché francophone qui englobe le Canada, la Belgique, la Suisse, le Maghreb est un marché très concurrencé avec une clientèle très spécialisée. On y retrouve pas moins de 60 millions de sites et de nouveaux webmasters arrivent chaque jour. C'est finalement difficile de s'y faire une place. Pour donner une idée, le terme "hentai" est plus souvent tapé dans google que "sexe gratuit" ou "vidéo X", mais moins que "gay" tout de même.
« La seule limite est celle du dessinateur »
La diversité est-elle la même que dans les films pour adultes ?
Les néophytes peuvent facilement croire qu'il n'y a pas de diversité, mais en réalité il y en a énormément. Comme dans le X. Par exemple il y a plusieurs niveaux d'érotisme, du plus soft qu'on nomme
ecchi au plus hard comme le
guro, en passant par la 3D, le
yuri (lesbienne) ou le
doujin (parodie). Il y a des dizaines de catégories comme celles-là qui permettent à chacun de s'y retrouver. Le hentai a une particularité par rapport au X, les vidéos sont très souvent des séries de plusieurs chapitres avec toujours un scénario. Il n'y a pas vraiment de film d'1h30 ou de 2h comme dans le X à cause du coût. Un hentai est bien plus difficile à produire qu'un gonzo.
D’ailleurs on peut trouver quelques remake d’animes connus sur tes sites. A qui s’adressent ces parodies ?
A moi ! Je fais partie de cette génération qui a connu le
Club Dorothée en pleine crise d'adolescence et de pics d'hormones, et qui a toujours fantasmé sur une situation cocasse entre Sailor Moon et Sangoku. Il y a même une parodie des
Chevaliers du Zodiaque !
Du coup, le public pour le hentai est-il le même que pour le hard traditionnel ?
Malheureusement non ! Nous avons déjà essayé de proposer autre chose à nos internautes, mais ça ne marche pas vraiment, je pense qu'on est sur un public très ciblé qui cherche uniquement du dessin animé et qui est curieux des parodies.
Pourquoi ce public préfère-t-il le hentai au porno ?
Outre le coté rigolo des parodies, certains aiment le hentai car il réalise les fantasmes les plus fous, que ce soit une fac d'étudiantes ensorcelées par des monstres à tentacules ou un monde fantaisiste où les femmes ont des énormes poitrines et des oreilles de chat. En fait la seule limite est celle du dessinateur et jusqu'à maintenant, je n'ai jamais entendu un personnage de hentai se plaindre de son sort…
« Le marché US n’est pas très actif »
Comment arrive-t-on dans le hentai ? Par passion ou par opportunisme ?
Je crois que j'étais déjà dedans avant même d'avoir mon premier accès internet, il y a très longtemps, l'
Echo des Savanes avait sorti un numéro hors-série spécial hentai, l'un des mangas était une parodie entre Chun Li et Bison de
Street Fighter... ça m'a assez marqué pour que quelques jours après, je crée ma première page web. J'ai fait parti des premiers webmasters à créer des sites sur le hentai, je n'avais pas vraiment de volonté à gagner de l'argent avec, les sponsors n'existaient même pas encore ! Je voulais juste partager une passion. 10 ans plus tard j'y suis encore !
Tu as même plusieurs sites aujourd’hui, quelle est leur positionnement ?
Il y a le site historique, sept ans d'age,
Hentai Gratuit, le plus complet, qui regroupe des jeux, des images, des mangas et bien entendu des vidéos hentai,
Serie Hentai est dédié à la parodie, et puis nos nouveaux sites tels que notre réseau
Fan Hentai qui a pour but de regrouper tous les hentai existants par catégorie, par série et par note, un vrai travail de bibliothécaire… On a aussi un
Blog Fan Hentai qui détaille le vocabulaire hentai et quelques autres petits sites satellites pour le référencement. On finance aussi l'hébergement d’équipes de traduction et de forums pour que la communauté reste active.
Tes sites sont uniquement en français, faut-il en déduire que le marché français est assez important sur ce créneau ?
C'est une question de choix, actuellement le marché francophone nous suffit et nous demande déjà beaucoup de temps (rédaction de fiche de film, choix des promotions, communauté et forum, etc.). Le marché US n'est pas très actif, ils préfèrent les
comics avec des parodies de
Marvel ou des
Simpsons.
« Une niche comme les autres »
Quels sont les rapports avec le reste du X ?
Pour les webmasters qui n'en font pas, on est un peu les extraterrestres du métier, car il faut être un minimum passionné par la culture nippone et les mangas pour savoir en vendre, j'ai moi-même une belle collection de 500 mangas chez moi ! Et puis finalement on est le seul domaine X à dépendre de l'exportation, il n'y a pas de production hentai française, ni même européenne. Tout vient principalement de l'Asie.
Au niveau de l’affiliation et des partenariats, t’appuies-tu sur un réseau similaire aux sites de films X ou y a-t-il des particularités inhérentes au hentai ?
Globalement ce sont les mêmes sponsors et exactement les mêmes façons d'y travailler, il y a certains partenaires qui se sont spécialisés dans le Hentai, mais finalement c'est une niche comme les autres.
Le hentai connaît-il les mêmes problèmes de gratuité que le X traditionnel ?
Eh oui, nous avons aussi nos tubes. De plus en plus même... Heureusement certains distributeurs japonais sont très stricts et n'hésitent pas à attaquer les hébergeurs ou directement les personnes quand ils s'en aperçoivent.
On trouve des mangas sur tes sites, quels sont les rapports avec le marché imprimé ?
Les mangas érotiques que nous mettons sur le site sont des mangas non imprimés en France ou qui ne sont plus disponibles, ça nous permet de les faire découvrir aux Français. Certains internautes se proposent même de les traduire pour la communauté. Mais la lecture en ligne reste difficile, les mangas papiers gardent la préférence du public.
Propos recueillis par Thomas Musat pour Hotvideo.fr
Paru le 26 novembre 2009
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